Tuesday, September 1L'Informateur !

Décret sur le CNE ignoré : colère des employés et ultimatum lancé à l’État haïtien

Delmas, 7 avril 2026 .- La crise du Centre National des Équipements (CNE) franchit un nouveau seuil critique. Réunis en conférence de presse ce mardi à Delmas, les membres du Syndicat des Employés du CNE (SECNE) ont dénoncé l’inaction persistante des autorités face à un décret gouvernemental pourtant clair, tout en annonçant des actions de protestation imminentes.

Au cœur des revendications, un texte adopté sous l’administration de Garry Conille, actant la suppression du CNE. Ce décret prévoit des mesures précises : le transfert des employés vers d’autres institutions publiques, le paiement des arriérés de salaire et l’octroi d’indemnités. Mais, selon le président du SECNE, Wildrick Séjour, ces dispositions restent largement inappliquées.

« Aucun employé n’a été révoqué. L’État a l’obligation de continuer à payer ces travailleurs », a-t-il martelé, dénonçant une violation manifeste des engagements publics. Il souligne que, malgré la publication du décret dans Le Moniteur, aucune avancée significative n’a été enregistrée depuis septembre 2024.

Wildrick Séjour a également mis en cause la gestion des fonds destinés aux employés. Il a évoqué une circulaire du Ministère de l’Économie et des Finances, publiée à l’époque où Alfred Metellus en assurait la direction, qui confirmait le paiement des arriérés et des indemnités. Pourtant, dans les faits, seuls huit mois d’arriérés ont été versés depuis 2025, sans aucune indemnisation.

« Où est passé cet argent ? », s’est interrogé le leader syndical, alimentant les soupçons de mauvaise gestion, voire de détournement.

Le SECNE a par ailleurs interpellé plusieurs institutions étatiques, notamment le Ministère des Travaux publics, le Ministère de la Défense dirigé par Mario Andrésol, ainsi que le Ministère de l’Agriculture, estimant qu’elles portent une responsabilité directe dans l’exécution du décret, notamment en ce qui concerne le transfert des employés.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est également pointé du doigt. Selon Wildrick Séjour, l’article 7 du décret prévoit son intervention en cas de blocage administratif. « Le silence des autorités devient inacceptable », a-t-il dénoncé.

De son côté, Pierre-Vil Cinéas a insisté sur la dimension humaine de cette crise. Il a rappelé que de nombreux employés du CNE ont consacré plus de deux décennies de service à l’État, pour des salaires modestes oscillant entre 10 000 et 18 000 gourdes.

« Ces hommes et ces femmes ont construit des routes, répondu aux urgences nationales, servi le pays sans relâche. Aujourd’hui, ils sont abandonnés », a-t-il déclaré avec gravité.

Face à cette situation jugée « injuste et inhumaine », les revendications restent inchangées : paiement intégral des arriérés de salaire, indemnisation des employés et transfert effectif vers d’autres institutions publiques.

Mais désormais, le ton se durcit. Les responsables syndicaux annoncent des actions concrètes si aucune réponse n’est apportée dans les plus brefs délais. Parmi les options envisagées : le blocage de routes stratégiques, notamment l’accès à la Primature, résidence officielle du chef du gouvernement.

« Nous connaissons les routes du pays, nous les avons construites. Nous savons aussi comment les bloquer », a averti Pierre-Vil Cinéas.

Cette montée en tension illustre une crise à la fois sociale et institutionnelle, révélatrice des failles de gouvernance. Sans réponse rapide des autorités, le dossier du CNE pourrait se transformer en un mouvement de contestation d’ampleur nationale, aux conséquences imprévisibles.

La rédaction.