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Haïti : les partisans de la Cour de cassation durcissent le ton et annoncent une série de mobilisations nationales

Delmas, lundi 20 avril 2026 .- Une nouvelle étape s’ouvre dans le bras de fer politique en Haïti. À l’issue d’une conférence de presse tenue à Delmas, un ensemble de responsables politiques et d’acteurs de la société civile se réclamant favorables à la Cour de cassation ont officialisé leur intention de lancer un cycle de manifestations à l’échelle nationale. Leur objectif affiché : contester la gouvernance actuelle et exiger une réorientation profonde du système exécutif.

Au centre de leurs critiques figurent la récente révision à la hausse des prix des produits pétroliers, la détérioration continue du climat sécuritaire ainsi que la remise en cause de la légitimité de l’équipe gouvernementale dirigée par Alix Didier Fils Aimé.

Prenant la parole en ouverture, l’ancien député Serge Jean-Louis a introduit les différentes personnalités présentes et défini le cadre général de la rencontre. Aux côtés de Yonel Louis, représentant du « consensus », de Colson Anglade pour l’Initiative 24 avril et de l’ancien sénateur Francisco De La Cruz, il a qualifié cette démarche de « moment charnière » dans l’actualité politique nationale.

Selon lui, l’initiative vise à interpeller l’opinion publique, tant nationale qu’internationale, face à ce qu’il décrit comme une gestion étatique « déficiente, incohérente et dépourvue de responsabilité institutionnelle ». Il a réaffirmé le positionnement du groupe en faveur d’un exécutif bicéphale, estimant que l’actuelle configuration du pouvoir ne repose, selon lui, sur « aucune base de légitimité opérationnelle ».

Dans une intervention particulièrement critique, Serge Jean-Louis a également pointé du doigt la hausse récente des prix du carburant, qu’il considère comme une mesure aggravant la vulnérabilité économique des ménages. Il a, en conséquence, appelé à une mobilisation populaire d’ampleur, s’inscrivant dans la continuité des grandes séquences de contestation politique du pays depuis la fin des années 1980.

Intervenant à son tour, Yonel Louis a dressé un tableau sombre de la conjoncture socio-économique. Il a évoqué une érosion rapide du pouvoir d’achat, une inflation persistante et une insécurité généralisée, estimant que le pays évolue « vers une impasse structurelle » en l’absence de réponses politiques adaptées.

Dans cette perspective, il a lancé un appel à la convergence des forces sociales et politiques autour d’une dynamique de mobilisation. Deux dates ont été annoncées : une première concentration le 23 avril à Delmas 33, suivie d’une manifestation nationale prévue pour le 1er mai. Il a insisté sur le caractère transversal de la crise du carburant, qui, selon lui, affecte l’ensemble des secteurs économiques.

De son côté, l’ancien sénateur Francisco De La Cruz a réitéré la position des organisateurs en faveur d’une architecture exécutive à deux têtes, s’appuyant sur certaines références institutionnelles du passé haïtien. Il a vivement contesté la légitimité du gouvernement en place, qu’il qualifie de structure « non représentative » incapable, selon lui, de conduire un processus électoral crédible.

Il a par ailleurs dénoncé l’existence supposée de manœuvres politiques visant à maintenir une instabilité durable, plaidant pour un retour strict à un cadre constitutionnel permettant l’organisation d’élections sous supervision d’une autorité exécutive pleinement habilitée.

Enfin, Colson Anglade, représentant de l’Initiative 24 avril, a recentré le débat sur les conséquences sociales directes des décisions économiques récentes. Il a souligné que les couches les plus fragiles de la population, travailleurs, commerçants, étudiants et agriculteurs, supportent de plein fouet les effets de la hausse du carburant.

Il a dénoncé une gouvernance qu’il juge « déconnectée des réalités sociales », estimant que les politiques actuelles accentuent la précarité. Selon lui, le carburant, en tant que produit stratégique, influence l’ensemble de la chaîne économique nationale, ce qui justifie une réaction collective.

En clôture de la rencontre, les différents intervenants ont réaffirmé leur volonté de poursuivre la dynamique de mobilisation. Ils annoncent une intensification progressive des actions dans les prochains jours, avec la manifestation du 1er mai présentée comme un moment décisif dans la séquence de contestation en cours.

Par Wilgins VALESCOT