
L’Association des Agents de Sécurité Professionnels (AASP) et la Centrale Nationale des Ouvriers Haïtiens (CNOHA) ont tenu, ce mercredi, une conférence de presse conjointe à Delmas, marquée par de vives dénonciations contre l’ancienne administration de l’Office National d’Assurance-Vieillesse (ONA), ainsi que par une ferme opposition à toute éventuelle augmentation des prix des produits pétroliers sur le marché national.
Lors de cette conférence de presse, Junior Desroses a dressé un réquisitoire sévère contre l’ancien directeur général de l’ONA, Ronald Basile, accusé de corruption et de mauvaise gestion.
Selon lui, ce combat n’a pas été facile. Pendant près d’un an, l’AASP n’a cessé de dénoncer Ronald Basile comme un corrupteur, depuis qu’il occupait la direction de la formation et du réseau jusqu’à sa nomination comme directeur général.
S’il considère comme ” un point positif ” la révocation de Basile, il estime toutefois que cette décision reste insuffisante. « Nous ne pouvons pas nous limiter à son départ. Nous demandons son arrestation afin qu’il réponde devant la justice pour tous les actes qu’il a commis à la tête de l’institution », a-t-il insisté.
Concernant la nomination de Lovely François à la tête de l’ONA, Junior Desroses a adopté une position mesurée : « Je ne la connais ni politiquement ni sur le plan syndical. Nous espérons qu’il ne s’agit pas d’un choix politique, mais d’une personne capable d’engager de vraies réformes ».
Il a également plaidé pour une amélioration des services offerts aux assurés : « Nous voulons la fin des tracasseries administratives, un accès facilité aux attestations, un fonctionnement efficace du service de placement et une meilleure considération des agents de sécurité ».
Les organisations annoncent accorder à la nouvelle directrice générale « un délai de 60 à 90 jours » pour faire ses preuves et initier des changements concrets.
Junior Desroses a par ailleurs critiqué certains militants réclamant la création d’un poste de directeur adjoint à l’ONA, qu’il soupçonne de motivations opportunistes.
« Ce n’est pas un espace pour des nominations politiques ou pour distribuer des privilèges. Le syndicalisme ne doit pas servir à accéder à des postes pour bénéficier de ressources de l’institution », a-t-il averti, appelant à des réformes structurelles plutôt qu’à des arrangements politiciens.
Intervenant à son tour, Dominique St Éloi s’est exprimé sur la situation internationale du pétrole et ses implications pour Haïti, évoquant notamment les tensions géopolitiques susceptibles d’affecter l’approvisionnement mondial.
« Des perturbations dans certaines zones stratégiques peuvent provoquer une hausse du prix du pétrole à l’échelle mondiale. Mais cela ne doit pas servir de prétexte pour imposer une nouvelle augmentation sur le dos de la population », a-t-il déclaré.
Il a rappelé que les prix des produits pétroliers avaient déjà connu des baisses par le passé sans répercussion significative pour les consommateurs : « Les diminutions n’ont jamais été pleinement appliquées au bénéfice du peuple. Il est donc inacceptable qu’on envisage aujourd’hui une nouvelle hausse ».
Dominique St Éloi a lancé un avertissement clair aux autorités : « Nous disons au gouvernement : reculez sur toute idée d’augmentation du carburant. Une telle décision aggraverait la misère déjà insoutenable de la population ».
Il a également dénoncé les conséquences en chaîne d’une éventuelle hausse : « Une augmentation du carburant entraîne automatiquement la hausse des transports, des produits de première nécessité, des loyers, des soins de santé et de l’éducation ».
Dans ce sens, il a appelé à la mobilisation des travailleurs et des couches populaires : « Si le gouvernement décide d’augmenter les prix, il devra en assumer toutes les conséquences. La population ne peut plus supporter un tel fardeau ».
À travers cette conférence de presse, l’AASP et la CNOHA entendent maintenir la pression à la fois sur la gouvernance de l’ONA et sur la politique économique du gouvernement. Entre exigences de justice, attentes de réformes et rejet catégorique de toute hausse des carburants, les deux organisations annoncent leur vigilance face aux décisions à venir.
La rédaction.
